La logique du Père Noël

Quelques pensées sur Noël :

Ceux qui récusent le pouvoir de conditionnement de la publicité (des mass media en général) n’ont pas saisi la logique particulière de leur efficacité. Qui n’est plus une logique de l’énoncé et de la preuve, mais une logique de la fable et de l’adhésion. On n’y croit pas, et pourtant on y tient. La
« démonstration » du produit ne persuade au fond personne : elle sert à rationaliser l’achat, qui de toutes façons précède ou déborde les motifs rationnels. Pourtant, sans « croire » à ce produit, je crois à la publicité qui veut m’y faire croire. C’est toute l’histoire du Père Noël : les enfants non plus ne s’interrogent guère sur son existence et ne procèdent jamais de cette existence aux cadeaux qu’ils reçoivent comme de la cause à l’effet — la croyance au Père Noël est une fabulation rationalisante qui permet de préserver dans la seconde enfance la relation miraculeuse de la gratification par les parents (et plus précisément par la mère) qui fut celle de la prime enfance. Cette relation miraculeuse, révolue dans les faits, s’intériorise dans une croyance qui en est le prolongement idéal. Ce romanesque n’est pas artificiel : il est fondé sur l’intérêt réciproque qu’ont les deux parties à préserver cette relation. Le Père Noël dans tout cela est sans importance, et l’enfant n’y croit que parce qu’il est au fond sans importance. Ce qu’il consomme à travers cette image, cette fiction, cet alibi — et à quoi il croira lors même qu’il n’y croira plus, — c’est le jeu de la sollicitude parentale miraculeuse et le soin que prennent les parents d’être complices de sa fable. Les cadeaux ne font que sanctionner ce compromis.

L’opération publicitaire est du même ordre. Ni le discours rhétorique, ni même le discours informatif sur les vertus du produit n’ont d’effet décisif sur l’acheteur. Ce à quoi l’individu est sensible, c’est à la thématique latente de protection et de gratification, c’est au soin qu’ « on » prend de le solliciter et de le persuader, c’est au signe, illisible à la conscience, qu’il a quelque part une instance (ici sociale, mais qui renvoie directement à l’image de la mère) qui accepte de l’informer sur ses propres désirs, de les prévenir et de les rationaliser à ses propres yeux. Il ne « croit » donc pas davantage à la publicité que l’enfant au Père Noël. Ce qui ne l’empêche pas d’adhérer tout autant à une situation infantile intériorisée, et de se comporter en conséquence. D’où l’efficacité très réelle de la publicité, selon une logique qui, pour n’être pas celle du conditionnement-réflexe, n’en n’en est pas pas moins très rigoureuse : logique de la croyance et de la régression.

— Jean Baudrillard, Le système des objets, 1968.

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Se convaincre qu’on tourne la page

Un homme qui a l’intention de partir en croisade contre les syndicats. Une femme qui alerte les médias avant de prendre le métro. N’est-ce pas déprimant qu’après Occupy et le mouvement étudiant, nos alternatives à Charest soient Legault et Marois, deux multi-millionnaires déconnectés de la réalité?

Tous les Québécois ou presque sont d’accord pour dire que le gouvernement Charest est depuis longtemps dans sa sénescence. Ils disent en avoir eu assez. Ils parlent d’«espoir» et de «changement». Mais pourquoi parlent-ils comme si simplement se débarrasser du PLQ était suffisant? Pourquoi sont-ils un nombre effrayant à voir en la CAQ le parti qui «incarne le plus le changement»? Pourquoi parlent-ils d’un éventuel gouvernement péquiste comme d’autres parleraient d’une grande libération? Pourquoi semblent-ils croire que la destruction néolibérale cesserait soudainement avec l’élection du PQ?

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On n’invite pas aux débats du réseau le plus écouté les chefs de partis qui ont l’appui d’un pourcentage non négligeable de la population. On qualifie leurs partis de «marginaux» comme si ceux qui choisissaient de les mettre au rancart n’étaient pas les plus grands responsables de cette marginalisation. Pour justifier leur exclusion, on sort des excuses complexes qui servent à éviter d’avoir à expliquer qu’on doit à tout prix prévenir la propagation d’une vision alternative de la société. Et, justement, chez les nouveaux partis, est-ce une coïncidence si ON et QS sombrent toujours dans l’obscurité, alors que la CAQ fut accepté instantanément comme parti «majeur»?

On choisit de présenter d’inoffensifs «débats» face-à-face dans lesquels s’opposent les principaux défenseurs du statu quo. De tristes spectacles dans lesquels des mercenaires approuvés par l’élite échangent violemment sur des questions mineures pour cacher le fait qu’ils poursuivent essentiellement les mêmes politiques pro-entreprise, pro-1%.

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«C’est d’même qu’ça marche, on peut rien faire» va le discours préconisé par les apologistes de la passivité collective. Nous pouvons facilement imaginer des changements et des avancées scientifiques et technologiques—nous nous y attendons même. Nous avons besoin d’un téléphone et d’un laptop qui répondent aux exigences/caprices du moment. Mais nous sommes incapables d’imaginer le moindre changement à nos institutions, aux structures de pouvoir, au système. C’est l’excès capitaliste ou les goulags. Votre choix, disent-ils.

Des supposés «progressistes» se rangent massivement derrière le PQ. Le seul parti supposément capable (lire qui a les moyens financiers) de remplacer le gouvernement Charest. Il n’est peut-être pas surprenant, à l’époque des basses attentes, que ce genre de «tactique» soit si attrayante aux yeux de plusieurs. Ce parti nous propose des projets de société comme la nécessité du «vote stratégique» et l’impossibilité du mode de scrutin proportionnel. On sollicite notre opinion politique une fois aux quatre ans. Et on accorde tant d’importance à cette rare chance de faire valoir son opinion qu’on se laisse contracter par la fièvre du «vote stratégique».

Ces «progressistes» parlent d’un gouvernement péquiste comme une «première étape». Pour ces visionnaires, ce serait la première étape dans un grand schème qui viserait en premier lieu à se débarrasser du PLQ en se rangeant massivement derrière le PQ. Ensuite, une fois le PLQ décimé, on chercherait une vraie alternative progressiste au PQ. Ici, l’aveuglement volontaire atteint son paroxysme.

On se ferme les yeux et on fait semblant que le PQ est la seule option possible. Il faut toujours remettre à plus tard. Ce n’est jamais le «bon» moment. La prochaine fois, disent-ils. Sauf que quand cette prochaine fois arrivera, on aura trouvé de nouvelles raisons pour justifier la remise à plus tard. L’intérêt public peut attendre. Le présentisme mène à la procastination collective.

Le changement radical, cependant, est possible et il faut commencer à le créer dans le présent—pas plus tard. L’idée que le changement vient tout seul a été désastreusement appropriée par la droite. Comme si le peu d’acquis de la gauche avaient été obtenus en restant assis, passifs, sans longue bataille, sans mobilisation massive, sans travail acharné. Comme si les puissants avaient par eux-mêmes cédé certains de leurs privilèges au nom du bien commun sans la pression d’une résistance qui ne leur en donnait pas le choix. Mais «on ne peut rien faire, c’est de même que ça marche», se fait-on répéter. Pour paraphraser l’anthropologue David Graeber, la mort du rêve ne peut que mener au cauchemar.

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Le mouvement étudiant a été un dur coup aux couilles de nos dirigeants. Mais le vrai but était de les castrer. Il ne faut pas perdre de vue la raison pour laquelle on s’est battu depuis des mois. A-t-on vraiment fait tout ça pour seulement annuler la hausse? Une victoire du PQ ne voudra rien dire. Une victoire du PQ ne sera pas une victoire pour le mouvement, ni une victoire pour le peuple. Une victoire du PQ sera une victoire pour le PQ. Le PQ propose de revenir en arrière, de revenir à comment c’était. Il existe pourtant des partis qui proposent une amélioration. Il existe des partis qui prônent la gratuité scolaire sans «peut-être» ni «on verra».

Les participants et sympathisants de la grève étudiante étaient-ils si radicaux que le laissaient croire les grands médias? Pourquoi donc ont-ils pour la plupart arrêté la grève et les manifestations pendant la campagne électorale, alors que celle-ci représente une occasion importante—sinon la plus importante—de faire valoir ses idées?

Ils étaient si radicaux qu’un pourcentage énorme des participants croyait absolument nécessaire d’arrêter la grève et les manifestations pour ne pas donner de «munitions» au gouvernement libéral. Si radicaux qu’au lieu de façonner leur mouvement à l’image de la société dans laquelle ils aimeraient vivre, ils se conforment aux attentes du système existant, à celles de la classe politique, des médias, des mononc’ et des matantes assis devant TVA à la maison. S’il y a quelque chose de radical ici, c’est l’individualisme auquel ils sont retournés, qui les a poussé à vouloir jeter à l’eau six mois de grève pour ne pas perdre leur session.

Malgré cela, on peut dire que le mouvement étudiant aura eu un certain effet. Il est trop tôt pour prédire à quoi il aura servi, mais il aura au moins servi à quelque chose. Sinon pourquoi les grands médias auraient-ils mis tant d’effort à tenter de le discréditer, le marginaliser, le stigmatiser?

Peu importe le nombre de participants aux manifestations nocturnes, les médias et ceux qui se laissent influencer par ceux-ci n’y voyaient que des vitres fracassées. Des dizaines de milliers de gens dans la rue, tard, un soir de semaine. «Y’ont brisé une vitre de banque, les crisse de voyous. Aucune pitié pour eux. Mettez-les en dedans.» La grève étudiante elle-même n’a pas gagné la sympathie de tout le monde. On s’obstinait à tenter de prouver qu’il s’agissait non pas d’une grève, mais d’un simple boycott. «Des enfants gâtés. Y veulent nous faire payer pou’ leu’ études. Y boivent d’la bière pis y se promènent a’c des iPhones. Y comprennent pas qu’c’est plus cher en Ontario, ‘stie!»

Roland Barthes disait que le scandale de la grève venait d’un illogisme. «La grève est scandaleuse parce qu’elle gêne précisément ceux qu’elle ne concerne pas», disait-il. Être pris dans le traffic, voir sa petite routine dérangée pour que des enfants gâtés puissent se battre pour le bien commun, c’est totalement inacceptable. En effet, à voir les succès de la campagne «violence»/«intimidation» et de son accompagnatrice, la campagne «enfants gâtés»/«c’est pire ailleurs», il faudrait peut-être se poser des questions quant à la nécessité d’enseigner la pensée critique dans les écoles.

Mais que fait-on maintenant? C’est-à-dire, que fait-on en attendant la réalisation du «grand schème» qu’envisagent les militants et sympathisants du PQ?

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Demain, nous devons rejeter massivement les trois «grands» partis, ces usines à carriéristes dépourvus d’imagination politique, ces centres de formation pour opportunistes aux convictions malléables. Le PLQ, le PQ et la CAQ veulent nous faire croire qu’il n’existe pas d’alternative. Le changement radical est impossible. Une réforme mineure ici et là, peut-être, on verra.

Demain, environ 90% des Québécois donneront leur vote à un des «grands» partis. On nous apprenait l’autre jour que le SPVM avait dépensé 15 millions jusqu’à ce jour-là pour sa répression du mouvement étudiant. Mais, vraiment, qui a besoin de répression directe quand il est possible de convaincre le poulet de se rendre lui-même à l’abattoir?

On qualifie péjorativement d’utopistes ceux qui veulent changer le système. Les vrais utopistes, cependant, sont ceux qui pensent que tout est beau, qui croient—soit par naïveté, soit par aveuglement volontaire—que la majorité des Québécois fera demain un choix éclairé. Ces utopistes croient que tout le monde s’informe aussi bien qu’eux. Ces utopistes, munis d’un optimisme naïf et inébranlable, n’accordent aucune légitimité à l’hypothèse qu’un nombre terrifiant de Québécois fera demain un choix basé sur rien de plus que de vagues impressions des chefs des «grands» partis.

Si les sondages ont raison, les Québécois auront droit à un gouvernement péquiste. Nous verrons de nouveaux visages et nous retournerons à notre profond sommeil. Après le mouvement de 1968, les Français ont élu une bande de conservateurs. Après la mobilisation massive du printemps 2012, les Québécois éliront des partisans du statu quo. Comme disait Hegel, l’histoire se répète. Et comme précisait Marx, après la tragédie, la farce.

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Resolutions

The only thing Facebook is good for is accommodating chicks after a night at the club. They wake up in the morning, down a glass of water, and, clutching their iPhones, smile with quiet pride as they scroll past names and numbers they only vaguely remember. I wonder how many my besties got, they might ask themselves.

Before you can wake up from the dream she’s starring in, the girl you drunk texted your name to at 4 a.m. is already skimming through your pictures, recalling the bad breath that accompanied your pickup lines, the ones you got from that movie you hoped she hadn’t seen. Cloudy flashbacks of your face start to clear up. Within seconds, she can validate her reason for giving you her number, or conclude that her taste in men was blurred by one drink too many—the one you bought her—and, with very little effort, she can avoid any post-club “dates” with you. That’s the convenience of the Facebook Era—the ease with which you can rid yourself of inconveniences before you even get out of bed, before you even start a new day.

We have a new year ahead of us and a new year calls for a resolutions list. But enough with the over-ambitious resolutions that never amount to shit. I’m never going to go to the gym seven days a week and audition for a spot on Jersey Shore. This year, my resolution will have immediate results. I’m deleting my Facebook. So I won’t be able to accommodate chicks, so I won’t know the birthdays of my acquaintances—so what? I’ve come to hate it more than almost anything and still I go back to it every day. Take the News Feed, for example. Why would I want to know who my “friends” just became “friends” with? Unless he’s going to hook me up, I couldn’t care less that some guy I met at a party three years ago is now friends with a hot brunette.

Like, shit, all the changes Facebook brought to its website through the years and there is STILL a “poke” feature? Does anyone really use that thing? And, if so, I need names ASAP. Anyone who pokes people on Facebook should have an automatic restraining order issued against him, with a notification sent to the local police chief’s account and shit. For all I know, these are the same people whose faces are on that channel that shows pictures of wanted murderers, pedophiles, and people who stole dirty magazines from a dépanneur because they were too embarrassed to pay for them at the counter.

Who knows, maybe sometime in two years I’ll decide to come back to Facebook and it won’t be the hub of degeneracy it was when I left it. Or maybe our society will have dwindled further down, so low that it will have adopted a new medium for social networking, something more in tune with the current generation’s increasing desire for social exhibitionism.

Something called Genitaltablet perhaps, “face” and “book” now being considered too bland and not public enough, where people post photos of their genitals several times a week and tag the last person they slept with. Obviously, club chicks will have 3,532 tagged photos, while frail-looking dudes with acne problems will have one or two, at most. And, inevitably, creatine-using guys who take full advantage of their tanning salon memberships and wear extra-small sprinkle-covered Ed Hardy t-shirts will create gimmick accounts. Because they’re going to need to be tagging something to prove the existence of all those hot broads they’re always lying about.

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New Neighbours

I got home tonight and my parents told me we were getting new neighbours. OK, I said. Like it matters who I occasionally have to wave to politely, or who has to act like it’s essential to have meaningless small talk meant to “catch up” whenever we have the misfortune of running into each other. They’re Indian, they said. Oh, I said. My reaction partly caused by the prospect of having to constantly spray the house with Febreeze to drown out the curry smell, and partly because, well, that really is news for us. The truth is that we don’t have Indians around here—at least on our street we don’t. There’s no shortage of Italians, though. They’ve been to Italy once but they’ll talk about it passionately and endlessly to anyone who’ll listen. You can’t say they’re not proud of their heritage. Anyway, for now it’s only one Indian guy. Maybe he wanted to ensure a smoother transition for us. I like him already. Apparently, he just ordered his wife from India. I thought that was fucking awesome. Anyone who signs up for marriage with a chick he’s never even seen is the type of guy I want to hang out with in Vegas. I’m already looking forward to hearing the newlyweds’ first argument through the walls. “You filthy whore! You look nothing like the girl on the picture your parents sent me!”

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